Autobiographie version de 1924

AUTOBIOGRAPHIES

Version de 1924

 

Portrait monocle    Portrait6

Je suis né en 1891, dans la ville de Kiev. J’y ai fait mes études universitaires et obtenu, en 1916, le diplôme de docteur à la faculté de médecine avec la mention excellent.

Le destin a voulu que je n’aie pas le loisir de profiter longtemps ni de ce titre, ni de la mention excellent. Une nuit de l’année 1919, au plus profond de l’automne, dans un train chaotique, à la lumière d’une petite bougie enfoncée dans le goulot d’une bouteille de pétrole, j’ai rédigé mon premier petit récit. Dans la ville où le train m’avait entraîné, je l’ai porté à la rédaction d’un journal…

Il fut publié. Ensuite, ils publièrent plusieurs articles satiriques. Début 1920, j’ai abandonné mon titre médical avec mention excellent pour écrire. J’habitais une lointaine province où je mis en scène trois pièces au théâtre local. Par la suite, à Moscou, en 1923, en les relisant, je me suis empressé de les détruire. J’espère que plus aucun exemplaire ne traîne quelque part.

Fin 1921, désargenté et les mains vides, je suis arrivé à Moscou afin de m’y fixer pour toujours. Là, j’ai longtemps souffert ; pour subvenir à mon existence, j’ai travaillé comme reporter et auteur satirique pour des quotidiens, et fini par haïr ces deux titres sans mention d’excellence. Du coup, je me suis mis à haïr les rédacteurs que je hais encore aujourd’hui et que je haïrai jusqu’à la fin de mes jours.

Pendant deux ans, j’ai écrit des articles satiriques et humoristiques pour le quotidien berlinois La Veille.

J’ai rédigé mon livre Notes sur des manchettes, non pas à la lueur d’une petite bougie mais d’une terne ampoule électrique.

L’éditeur berlinois La Veille me l’a acheté avec la promesse de le publier en mai 1923. Mais il ne l’a jamais fait. Au début, cela m’a fortement affecté, par la suite, je suis devenu indifférent.

J’ai fait paraître une série de récits dans des revues de Moscou et de Leningrad.

Pendant un an, j’ai écrit mon roman La Garde blanche : je le préfère à l’ensemble de mes autres écrits. 

 Moscou, octobre 1924

Extrait de:  

La Locomotive Ivre

Traduit du Russe par Renata Lesnik

©Ginkgo Editeur, avril 2005